20 NOVEMBRE 1979 – LE JOUR OÙ LA MECQUE FUT PRISE D’ASSAUT

Nous sommes le 20 novembre 1979. L’aube se lève sur La Mecque, le cœur battant de l’islam.

Des dizaines de milliers de fidèles viennent d’accomplir la prière du matin, les mains encore levées vers le ciel.

Rien ne semble pouvoir troubler la paix de ce lieu saint. Et pourtant…

Dans les secondes qui suivent, l’impensable se produit.

05h00

Des cris. Des rafales.

Des hommes armés jaillissent des rangs de prière, fusils cachés dans des cercueils.

Les portes du sanctuaire sont enchaînées.

Les haut-parleurs qui diffusent les versets sont réquisitionnés.

Et sur les minarets, des snipers s’installent.

Un homme au visage calme, barbe soignée, lance dans les micros : « Le Mahdi est revenu ! Le Sauveur promis est parmi nous ! »

Son nom : Juhayman al-Otaybi. Ancien membre de la Garde nationale saoudienne. Idéologue religieux charismatique, convaincu que le royaume s’est vendu à l’Occident et trahi l’islam pur.

À ses côtés : Muhammad al-Qahtani, son beau-frère, qu’il proclame être le Mahdi, le messie attendu pour purifier le monde musulman.

Leur but ? Renverser le régime saoudien et instaurer un « État islamique véritable ».

Ils croient être les instruments de Dieu.

Pendant plusieurs heures, la confusion est totale.

Les fidèles piégés dans la cour paniquent. Certains tentent de s’enfuir. Les insurgés, eux, s’organisent avec une précision militaire.

Ils bloquent les issues, s’emparent des minarets, contrôlent les galeries souterraines — un véritable labyrinthe sous la mosquée.

Les premiers policiers dépêchés sur place sont accueillis par un déluge de balles. Ils battent en retraite. La Mecque, ville sainte, devient un champ de guerre.

À Riyad, le choc est total.

Jamais, dans toute l’histoire, aucun musulman n’avait osé verser le sang dans l’enceinte sacrée.

Mais le roi Khaled n’a pas le choix : il faut agir.

Des troupes de la Garde nationale encerclent le sanctuaire. Problème : tirer ou faire usage de la force à La Mecque est un blasphème, sauf si les religieux l’autorisent. Alors, avant tout, le roi consulte les oulémas. Pendant qu’ils délibèrent, les heures s’écoulent… et les morts s’accumulent.

JOUR 2

Les autorités religieuses donnent finalement leur accord : le sang peut être versé pour sauver le sanctuaire.

L’armée reçoit l’ordre d’attaquer.

Mais les insurgés connaissent le terrain. Ils tiennent les minarets, les toits, les souterrains.

Chaque mètre gagné coûte des vies. Les soldats tombent. Les insurgés aussi. Les cris résonnent dans ce lieu où, d’habitude, ne s’entend que la récitation du Coran.

JOUR 4

Face à l’impasse, le gouvernement saoudien fait appel à une unité d’élite étrangère : le GIGN français, alors dirigé par le capitaine Paul Barril.

Ils ne peuvent évidemment pas « pénétrer » la mosquée, interdite aux non-musulmans.

Mais ils conseillent les forces saoudiennes : gaz lacrymogènes, infiltration, neutralisation des tunnels. Une coopération discrète… mais décisive.

JOURS 5 À 10

Les combats s’enfoncent dans les sous-sols de la mosquée. C’est un labyrinthe de couloirs étroits, sans lumière. Les soldats forent des trous au plafond pour lancer du gaz et des grenades.

L’air devient irrespirable. Beaucoup d’insurgés se rendent. D’autres préfèrent mourir.

La guerre sainte devient une guerre d’épuisement.

JOUR 14

Le 4 décembre 1979, tout est terminé..Les derniers insurgés sont capturés.

Le “Mahdi”, al-Qahtani, est mort.

Juhayman al-Otaybi est pris vivant, épuisé, couvert de poussière.

Le bilan fait froid dans le dos : Plusieurs centaines de morts, civils, soldats et rebelles confondus.

Les corps jonchent les galeries souterraines.

Le sang a coulé dans le lieu le plus sacré de l’islam.

L’ÉPILOGUE

Le 9 janvier 1980, à l’aube, 63 insurgés sont exécutés publiquement dans plusieurs villes d’Arabie saoudite. Juhayman al-Otaybi, le meneur, est parmi eux. Les têtes tombent, littéralement.

Mais le choc, lui, restera dans l’histoire.

Après ce drame, le royaume saoudien resserre son alliance avec les religieux conservateurs. Résultat : un retour du rigorisme, la fermeture culturelle, la surveillance accrue des mœurs.

Pendant quarante ans, ce tournant marquera toute la société saoudienne.

Et pourtant…

peu de musulmans, même âgés, connaissent cette page d’histoire. Parce qu’elle dérange. Parce qu’elle prouve qu’un extrémisme peut naître au cœur même du sacré.

QUESTIONS POUR TOI

— Comment des hommes convaincus d’agir “au nom de Dieu” peuvent-ils en arriver à profaner le lieu le plus saint ?

— Comment une idéologie peut-elle aveugler au point d’éteindre toute raison ?

— Et pourquoi, aujourd’hui encore, tant de croyants ignorent-ils cet épisode, comme si l’histoire religieuse devait rester sélective ?

Bonne réflexion à toi.