Un congélateur.
Normalement, ça sert à garder le poisson du marché ou le poulet bicyclette que maman veut “juste congeler pour demain”.
Le 23 juillet 2006, Jean-Louis Courjault, seul à Séoul pendant que sa famille passe ses vacances en France, découvre deux cadavres de bébés dans le congélateur familial et prévient la police. Quelques jours plus tard, alors qu’il a rejoint sa femme et ses fils en France, les tests ADN réalisés par les autorités sud-coréennes authentifient les nouveau-nés comme étant les enfants du couple Courjault.
Le 22 août 2006, Jean-Louis et Véronique Courjault tiennent une conférence de presse à Tours, dans le bureau de leur avocat, au cours de laquelle ils contestent les résultats des tests ADN et dénoncent un « lynchage médiatique », avec un possible lien avec les activités professionnelles de Jean-Louis Courjault, travaillant pour une entreprise américaine soumise à des rivalités commerciales.
Après que l’enquête a été transmise aux autorités françaises et que de nouveaux tests ADN ont été réalisés, Véronique Courjault avoue le 12 octobre 2006 avoir tué et congelé les deux bébés nés à Séoul en septembre 2002 et décembre 2003, ainsi qu’un premier enfant qu’elle affirme avoir brûlé dans la cheminée en juillet 1999 alors que le couple habitait en France à Villeneuve-la-Comtesse.
En janvier 2009, alors qu’il était mis en examen pour complicité d’assassinat, un non-lieu est prononcé pour Jean-Louis Courjault qui a toujours assuré ne pas avoir eu connaissance des grossesses de sa femme.
Le 18 juin 2009, Véronique Courjault est condamnée par la Cour d’assises d’Indre-et-Loire à huit ans de prison pour les trois infanticides, un verdict jugé « plutôt clément ». On estime alors que sa détention ne devrait pas durer plus de quelques mois.
Après la plaidoirie de maître Henri Leclerc, le verdict ne retient pas la préméditation pour le premier infanticide. Une grande partie des débats traiteront d’un trouble encore mal connu qui est celui du déni de grossesse et de la dénégation. La TSR à Genève a montré un entretien avec Dr Daniel Schechter, un pédopsychiatre des hôpitaux universitaires de Genève spécialisé dans les troubles psychiatriques péripartum. Schechter a parlé du déni de grossesse en tant qu’une forme de souffrance dissociée qui a plusieurs explications psychiatriques possibles.
Le 17 mai 2010, la justice décide la mise en liberté conditionnelle de Véronique Courjault assortie d’une interdiction de communiquer avec la presse.
L’affaire Courjault a eu le mérite d’arracher le couvercle d’un tabou : le déni de grossesse n’est pas un mythe. Dans la majorité des cas, l’enfant naît et survit, mais quand l’isolement, la peur et le silence se mêlent, cela peut virer au drame.
Et en Afrique ? On en parle encore moins. Entre les grossesses “trop honteuses”, les pressions sociales et l’absence de suivi médical, combien de femmes vivent des grossesses cachées, souvent au péril de leur vie et de celle de leur enfant ?
