Les “bébés sirènes” dans les rivières : légende ou phénomène naturel mal interprété ?

Je te parle d’un pêcheur africain jurant qu’il a vu « un bébé avec une queue de poisson » sauter dans la rivière.

Une vieille tante, témoin indirecte, ajoute : « Ce sont des enfants d’esprits aquatiques, il ne faut jamais les provoquer. »

Résultat : la moitié du village en parle comme si Aquaman avait ouvert une crèche dans le fleuve.

Mais alors, est-ce vrai ? Y a-t-il des “bébés sirènes” cachés dans nos rivières, ou bien est-ce une illusion collective entretenue par la peur, les contes et… la mauvaise vue au crépuscule ?

Dans les traditions africaines, il existe une figure très populaire : Mami Wata, l’esprit des eaux.

Souvent représentée comme une femme mi-humaine mi-poisson, elle fascine et fait peur.

Certains croient qu’elle enlève des enfants, d’autres qu’elle offre richesse et beauté à ceux qui la servent.

Alors quand un pêcheur voit quelque chose bouger d’étrange dans l’eau, le réflexe culturel est immédiat : « Sirène ! »

Et s’il s’agit d’une petite créature vaguement humanoïde, ça devient vite « un bébé sirène ».

Il n’existe aucune preuve scientifique de l’existence de bébés sirènes, ni en Afrique ni ailleurs.

En revanche, il existe plein d’explications naturelles aux “apparitions” :

◆ Les lamantins : appelés parfois “vaches de mer”. Ces gros mammifères marins ont une forme arrondie, parfois vue comme un “torse humain” avec des bras courts.

Les marins européens du XVe siècle les prenaient déjà pour des sirènes ! Christophe Colomb lui-même en parle dans son journal.

◆ Les loutres ou singes tombés à l’eau : leur silhouette dans la pénombre peut tromper les yeux.

Une loutre qui se redresse brièvement peut donner l’impression d’un petit enfant aquatique.

◆ Les illusions d’optique : dans l’eau trouble, au crépuscule, l’œil reconstruit ce qu’il croit voir. Le cerveau, influencé par les histoires entendues, ajoute le reste.

Pourquoi ça persiste ?

Parce que les histoires de “bébés sirènes” sont utiles.

Elles servent à :

Faire peur aux enfants pour éviter qu’ils ne se baignent seuls dans les rivières (logique de prévention habillée de mystique).

Renforcer le pouvoir des guérisseurs : si un enfant tombe malade, on dit que c’est « parce qu’il a été touché par un bébé sirène », et le guérisseur devient indispensable.

Entretenir le mystère collectif : un village sans légendes, c’est comme une soupe sans piment, ça manque de saveur.

Quelques cas réels souvent associés aux “bébés sirènes”

◆ La sirénomélie (malformation rare) : il existe effectivement des bébés humains naissant avec les jambes soudées, donnant une apparence de “queue de poisson”.

Cette anomalie est extrêmement rare, mais chaque fois qu’elle se produit, les récits populaires en profitent pour alimenter le mythe.

◆ Objets flottants : un sac plastique, une poupée jetée, un tronc d’arbre immergé… De loin, cela prend parfois des formes étonnamment “humaines”.

◆ Les lamantins africains (dans le fleuve Niger ou le Congo) sont probablement les plus grands coupables de ces confusions.

Un monsieur raconte jour que dans son village, un pêcheur a juré avoir capturé un “bébé sirène”…

Quand les habitants sont accourus, devine quoi ?

C’était un gros poisson-chat coincé dans son filet, avec une tête difforme.

Mais l’histoire est restée : certains continuent encore aujourd’hui de dire que « ce jour-là, on a vu un enfant poisson ».

Non, il n’y a pas de bébés sirènes qui nagent incognito dans nos rivières.

Oui, il y a des phénomènes naturels qui trompent l’œil.

Et surtout, il y a des histoires qui nourrissent l’imaginaire collectif, parce qu’elles donnent du mystère à la vie.

Mais attention : croire aveuglément à ces légendes peut aussi détourner des véritables dangers.

Ce ne sont pas les sirènes qui tuent, ce sont les courants violents, les crocodiles, les bilharzioses et les imprudences humaines.

Alors si tu entends encore :

— « Ne va pas à la rivière, tu pourrais croiser un bébé sirène »,

réponds avec un sourire :

— « Le seul bébé que je risque de croiser, c’est celui qu’une maman lave dans l’eau. Les autres, c’est Hollywood qui les fabrique. »