Elle vient de la Terre elle-même.
Depuis qu’on est petit, on nous répète que « la pluie vient du ciel », comme si là-haut il y avait un grand plafond rempli d’eau, et que de temps en temps, quelqu’un ouvrait un robinet pour nous arroser.
En Afrique, certains vont même plus loin : si la pluie tombe, c’est que quelqu’un là-haut est fâché, ou qu’un sorcier a “bloqué” ou “appelé” la pluie.
Quand tu n’as jamais ouvert un cours de #météorologie, ça peut sembler logique. Mais dès que tu comprends vraiment le mécanisme, tu te rends compte que la vérité est mille fois plus simple et mille fois plus belle.
La pluie commence toujours au sol. Ici. Là où tu marches, là où tu cultives, là où tu vis. L’eau qui tombera demain sur ton toit, aujourd’hui elle est peut-être dans un fleuve, dans un marécage, dans l’océan, dans le sol, ou même dans la transpiration d’un champ de maïs.
Le moteur de toute l’histoire, c’est le soleil. Quand il chauffe la surface de la Terre, il chauffe aussi l’eau. Sous l’effet de cette chaleur, une partie de cette eau s’évapore : elle passe de l’état liquide à l’état de vapeur, invisible. Elle s’échappe des rivières, des lacs, de la mer, des sols humides, et aussi des plantes, qui “transpirent” naturellement. On appelle ça l’évapotranspiration. Rien de magique, juste de la physique.
Cette vapeur d’eau est légère. L’air chaud qui la contient monte, un peu comme un ballon gonflé à l’air chaud. Plus elle monte, plus elle se retrouve dans des zones où la température est plus basse. Et là-haut, il fait froid, très froid, surtout dans les couches où se forment les nuages. Quand cette vapeur chaude et invisible rencontre cet air froid, elle commence à se condenser, c’est-à-dire à redevenir liquide. Mais elle ne revient pas en grosses gouttes tout de suite. Elle se colle d’abord sur des poussières minuscules, des grains de sel, du pollen, de très fines particules en suspension dans l’air. Ce sont les noyaux de condensation. Sans ces petites particules, il n’y aurait pas de gouttes, pas de nuages, pas de pluie.
En se collant sur ces noyaux, la vapeur forme d’innombrables micro-gouttelettes d’eau, tellement petites qu’elles peuvent rester en suspension dans l’air. Quand il y en a des milliards réunies, tu les vois depuis le sol : c’est un nuage. Un nuage, ce n’est pas du coton, ce n’est pas de la fumée, ce n’est pas une éponge géante. C’est un immense banc de micro-gouttes d’eau (et parfois de petits cristaux de glace) qui flottent parce qu’elles sont très légères et portées par les mouvements de l’air. Là-haut, dans ce nuage, c’est la vraie vie : les courants d’air montent, descendent, se croisent, les gouttelettes se percutent, fusionnent, se séparent, grossissent.
À un moment, certaines gouttes deviennent trop grosses et trop lourdes pour être maintenues en suspension. Les courants d’air n’arrivent plus à les “porter”. La gravité prend alors le dessus. C’est simple : ce qui est trop lourd finit par tomber. Ces gouttes plus lourdes commencent donc à descendre à travers le nuage, puis à travers l’atmosphère. Sur leur chemin, elles peuvent encore grossir en percutant d’autres gouttes plus petites. Quand elles atteignent le sol, toi tu appelles ça “la pluie”. Moi, en tant que pilote formé en météorologie, je sais qu’en réalité ce sont juste des milliards de gouttes qui ont perdu la bataille contre la gravité.
Parfois, si l’air est très froid en altitude, l’eau ne se condense pas seulement en gouttes mais se transforme en cristaux de glace, en flocons. Ils grossissent, s’agglomèrent, deviennent lourds et tombent : c’est la neige ou la grêle, selon la température dans les couches qu’ils traversent. Mais le principe reste le même : l’eau monte depuis le sol, se transforme là-haut, puis revient. C’est un cycle continu, qu’on appelle le cycle de l’eau. Ce que tu bois, ce qui tombe du ciel, ce qui coule dans ton robinet, tout ça fait partie du même circuit depuis des millions d’années.
Tu vois maintenant pourquoi dire “la pluie vient du ciel” est trompeur. Le ciel n’est pas une réserve d’eau séparée de nous. Le ciel, c’est juste la partie de l’atmosphère que tu vois. L’eau ne tombe pas “depuis un plafond”, elle fait un aller-retour permanent entre la Terre et l’atmosphère. Elle s’élève grâce à la chaleur, se transforme grâce au froid, et revient grâce à la gravité. Aucun sorcier n’a besoin de tirer une corde là-haut. Aucune divinité n’a besoin de percer un trou dans un réservoir. Les lois de la physique suffisent largement.
Comprendre ça, ce n’est pas manquer de respect à une divinité ou à la spiritualité. Au contraire c’est respecter l’intelligence avec laquelle l’univers est organisé. La pluie n’est pas un caprice mystérieux, c’est un phénomène parfaitement logique, calculable, observable. Les pilotes, les météorologues, les ingénieurs, les agriculteurs qui se forment sérieusement s’appuient sur ces lois pour prévoir le temps, organiser les cultures, planifier les vols. Tant qu’on reste prisonnier des superstitions, on ne maîtrise rien. Dès qu’on comprend les mécanismes, on commence à maîtriser notre destin.
Alors retiens ceci : la pluie ne vient pas du ciel. Et je vous ai déjà dit ici que le ciel n’existe pas. La pluie vient de la Terre, elle monte, elle se transforme, puis elle revient. C’est le même eau qui fait le tour, encore et encore. La prochaine fois que tu vois tomber la pluie, ne pense plus à un plafond qui fuit. Pense à un cycle. Pense à la science. Et surtout, pense à tout ce qu’on peut accomplir quand on remplace la peur par la connaissance.