Sourate 22, verset 65 : « Il retient le ciel de tomber sur la terre, sauf quand Il le permettra. »
Lu comme un cours de physique, cela ne tient pas. Le ciel n’est pas une masse matérielle suspendue au-dessus de nos têtes. Mais le texte parle-t-il réellement d’un plafond cosmique prêt à s’effondrer ? Ou utilise-t-il le langage universel des civilisations anciennes, où le “ciel” désigne l’ordre du monde, l’équilibre global perçu comme maintenu, protégé, organisé ?
Comme je l’ai montré ici, le ciel n’existe pas.
Sourate 18, verset 86 : « Il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse. »
Pris au pied de la lettre, cela devient absurde. Personne n’imagine sérieusement une étoile entrant dans une mare. Mais le texte décrit une perception visuelle à l’horizon, depuis un point d’observation humain. Aujourd’hui encore, des millions de personnes disent que le soleil “entre dans la mer” au crépuscule. Ce n’est pas une thèse astronomique, c’est une description du réel tel qu’il est vécu.
Confondre langage descriptif et explication scientifique est une erreur de raisonnement, pas une preuve d’intelligence.
Sourate 21, verset 33 : « Le soleil et la lune, chacun voguant dans une orbite. »
Ici, le texte reconnaît explicitement le mouvement. Mais au lieu d’analyser cette cohérence, certains préfèrent s’arrêter uniquement à ce qui les conforte dans la moquerie. Pourquoi ? Parce que l’objectif n’est pas de comprendre, mais de ridiculiser.
Sourate 16, verset 15 : « Il a implanté des montagnes immobiles afin que la terre ne branle pas. »
La géologie moderne explique que les montagnes résultent des mouvements tectoniques, oui. Mais elle explique aussi que les masses continentales et montagneuses participent à l’équilibre relatif des plaques. Le texte ancien parle en image, pas en vocabulaire scientifique moderne.
Chercher une carte tectonique dans un texte symbolique, c’est utiliser le mauvais outil pour la mauvaise question.
Sourate 52, verset 10 : « Les montagnes se mettront en marche. »
Pris littéralement, cela prête à rire. Pris symboliquement, le message est limpide : ce qui semble stable peut devenir instable. Les civilisations anciennes parlaient par métaphores, pas par formules mathématiques.
Sourate 86, versets 6–7 : « Il a été créé d’une eau qui jaillit, sortie d’entre les lombes et les côtes. »
Pris comme un cours de biologie moderne, c’est faux. Le sperme ne sort ni des côtes ni des lombes. Mais là encore, la question est simple : est-ce un traité d’anatomie, ou une description ancienne de l’origine de la vie telle qu’elle était comprise à l’époque, avec le vocabulaire disponible ?
On ne lit pas Homère pour apprendre l’astrophysique.
Sourate 78, versets 6–7 : « N’avons-Nous pas fait de la terre une couche, et des montagnes des piquets ? »
Certains rient. Pourtant, la géologie moderne montre que les montagnes ont des racines profondes, parfois plus importantes sous terre que ce que l’on voit en surface. Le mot “piquet” n’est pas un schéma scientifique, c’est une image. Une image imparfaite, mais pas absurde.
Encore une fois, soit on lit avec intelligence, soit on cherche volontairement à ne rien comprendre.
Sourate 55, versets 19–20 : « Il a donné libre cours aux deux mers pour se rencontrer ; entre elles, il y a une barrière qu’elles ne dépassent pas. »
Certains crient immédiatement au mensonge. Pourtant, les océanographes parlent aujourd’hui de zones de séparation, de gradients de salinité, de thermoclines. Est-ce exactement ce que le verset décrit ? Non. Est-ce complètement déconnecté de la réalité observable ?
La nuance demande un effort intellectuel.
Sourate 41, verset 11 : « Puis Il s’est tourné vers le ciel qui était alors fumée. »
Là encore, les moqueries fusent. Pourtant, la cosmologie moderne parle d’un univers primitif dense, chaud, opaque, proche d’un état gazeux. Le texte n’explique rien techniquement. Il décrit, avec les mots de son temps, une intuition d’origine chaotique.
Sourate 67, verset 5 : « Nous avons décoré le ciel le plus proche de lampes et Nous en avons fait des projectiles contre les démons. »
Pris littéralement, c’est mythologique. Et alors ? Toutes les civilisations ont expliqué l’inconnu par des récits symboliques. Les étoiles ont été des dieux, des esprits, des ancêtres, des signes. Aujourd’hui, nous parlons de plasma et de gravité. Demain, nous parlerons autrement.
Sourate 23, versets 12–14 : « Nous avons certes créé l’homme d’un extrait d’argile… puis Nous en avons fait une goutte de sperme… puis de la goutte un adhérent… »
Pris comme un cours d’embryologie moderne, ce n’est pas précis. Pris comme une tentative ancienne de décrire les étapes visibles et perçues de la vie humaine, c’est cohérent avec le savoir de l’époque. Exiger la précision d’un microscope électronique à un texte ancien, c’est intellectuellement malhonnête.
Sourate 9, verset 5 : « Tuez les associateurs où que vous les trouviez… »
Voici l’un des versets les plus cités, les plus instrumentalisés, les plus explosifs. Pris seul, hors contexte, il devient une arme. Historiquement, il s’inscrit dans un cadre précis : conflits tribaux, ruptures de traités, logique de guerre du VIIᵉ siècle. Mais le problème, ce n’est pas l’existence du verset. Le problème, c’est son extraction de tout contexte pour justifier une haine intemporelle.
Lire un texte de guerre comme un commandement universel éternel est intellectuellement dangereux.
Sourate 47, verset 4 : « Lorsque vous rencontrez les mécréants, frappez-les au cou… »
Même logique. Même piège. Ce verset décrit une situation de combat armé, pas une règle de coexistence civile. Pourtant, certains le brandissent comme une norme absolue, valable hors guerre, hors contexte, hors histoire. Là, la pensée critique n’est plus un luxe. Elle devient une urgence.
Sourate 5, verset 51 : « Ne prenez pas les Juifs et les Chrétiens pour alliés… »
Ce verset a été utilisé politiquement, socialement, parfois violemment. Historiquement, il s’inscrit dans des alliances militaires et stratégiques spécifiques.
Sourate 2, verset 256 : « Nulle contrainte en religion. »
Voici un verset souvent cité… puis aussitôt contredit par la pratique de certains. Pris seul, il affirme clairement la liberté de croire ou de ne pas croire. Mais alors une question surgit, inconfortable : comment concilier cette affirmation avec d’autres passages plus coercitifs ?
Sourate 4, verset 34 : « Les hommes ont autorité sur les femmes… quant à celles dont vous craignez la désobéissance… frappez-les. »
Ici, on touche un point brûlant. Peu importe les tentatives d’adoucissement linguistique, le texte reflète une organisation patriarcale propre à son époque.
Sourate 9, verset 29 :« Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier… jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains, en état d’humiliation. »
Ici apparaît la notion de domination politique et religieuse. Ce n’est pas une invitation spirituelle, c’est une organisation du pouvoir. Le nier, c’est infantiliser les lecteurs. L’assumer sans recul critique, c’est justifier l’oppression. La pensée adulte commence quand on reconnaît que religion et pouvoir ont souvent été mêlés, et rarement pour le bien des faibles.
Sourate 2, verset 106 : « Nous n’abrogeons un verset ou ne le faisons oublier que pour en apporter un meilleur ou un semblable. »
Voici un verset clé, rarement discuté par le grand public. Il introduit l’idée que certains passages peuvent en remplacer d’autres. Autrement dit : le texte reconnaît lui-même une évolution interne. Cela pose une question fondamentale : si le texte admet le changement, pourquoi certains refusent-ils toute adaptation intellectuelle aujourd’hui ?
MON COMMENTAIRE
Nous ne vivons plus au VIIᵉ siècle.
Nous avons évolué. Notre compréhension du monde aussi. La connaissance n’est plus réservée à quelques initiés, elle est accessible à tous, en quelques clics, en quelques livres, en quelques heures d’étude honnête.
Continuer à appliquer des textes anciens comme des lois intemporelles, sans les questionner, sans les contextualiser, sans les confronter à ce que nous savons aujourd’hui, ce n’est pas de la foi. C’est un refus d’évoluer.
Les religions ont été créées par des hommes, pour des hommes, dans des contextes précis. Elles portent les peurs, les limites, les structures sociales et les rapports de pouvoir de leur époque. Rien ne tombe du ciel. Tout ce qui est écrit passe par une main humaine, un langage humain, une vision humaine du monde. Le sacré n’efface pas cette réalité.
Et quand on regarde l’histoire, quand on regarde le présent, il est impossible de ne pas voir les abominations commises au nom de la religion. Guerres, persécutions, oppression des femmes, la traite arabo musulmane, rejet de l’autre, contrôle des corps et des esprits. Tout cela au nom de textes censés élever l’homme. Et malgré cela, on s’étonne encore.
Peut-être parce que beaucoup confondent spiritualité et soumission. Peut-être parce que croire est plus confortable que penser. Peut-être parce que les chaînes rassurent ceux qui ont peur du vide de la liberté.
L’homme n’a pas besoin d’une religion pour vivre heureux, pour être moral, pour aimer, pour créer, pour transmettre. L’homme est né libre. Mais depuis toujours, il fabrique des chaînes, souvent pour se rassurer, souvent pour être rassuré par plus fort que lui, et très souvent pour contrôler les plus faibles.
Alors posons les vraies questions.
Pourquoi continuer à obéir à des règles écrites pour un autre siècle que le nôtre ?
Pourquoi confondre héritage culturel et vérité absolue ?
Pourquoi la morale aurait-elle besoin de la peur pour exister ?
Pourquoi l’homme aurait-il besoin de croire pour être humain ?
Et surtout, à qui profite vraiment le fait que l’homme ne pense pas par lui-même ?
Penser n’enlève rien à l’humanité.
Penser enlève seulement les chaînes inutiles.
À chacun de répondre.