Tu as déjà entendu ça :

« Dans cette famille, personne ne dépasse 50 ans. »

« Chez nous, les femmes ne se marient jamais. »

« Les hommes de notre lignée finissent toujours alcooliques. »

Bienvenue dans le club très populaire des malédictions familiales. Un abonnement gratuit, transmis de génération en génération, avec option “angoisse nocturne illimitée”.

Mais arrêtons deux minutes le film Nollywood.

Est-ce que vraiment ton arrière-grand-père a signé un contrat cosmique avec Lucifer pour que tu rates ton bac en 2025 ?

La psychologie appelle ça l’héritage des croyances et comportements. Si ton père était violent, il y a des chances que tu reproduises ce schéma… pas parce qu’un démon contrôle ta main, mais parce que ton cerveau a appris que “c’est comme ça qu’un homme exprime sa colère”.

Si ta mère disait chaque jour : « Les riches sont des voleurs », tu risques de saboter inconsciemment toute chance de prospérité.

Ce n’est pas une malédiction, c’est un logiciel mental transmis sans mise à jour.

Dans certaines familles, personne ne fait d’études supérieures. Pas à cause d’un sort, mais parce que l’école n’était pas valorisée.

Dans d’autres, toutes les femmes “finissent seules”. Pas par fatalité, mais parce qu’elles ont grandi avec le modèle d’hommes absents ou irresponsables.

Ajoute à ça l’environnement social. Si tout ton entourage croit que tu es “maudit”, tu finis par y croire aussi. Et comme ton cerveau agit en fonction de ce qu’il croit… tu réalises la prophétie toi-même.

Les religions entretiennent le mythe. On te fait croire qu’il faut payer X séances de délivrance pour “briser les chaînes”. Mais souvent, la vraie délivrance, c’est d’aller voir un psy, lire un bon livre, ou simplement dire : “Je choisis un autre chemin.”

La plupart des “malédictions familiales” ne sont pas spirituelles… mais psychologiques, sociales et éducatives.

Tu n’es pas maudit. Tu es programmé.

Et comme tout programme, ça peut se réécrire.

La malédiction familiale, ce n’est pas un démon qui te poursuit, c’est une habitude qui se répète. Tu veux briser la chaîne ? Alors arrête de chercher le sorcier du village… et deviens le rebelle de ta lignée.

POURQUOI LES CROYANCES SURVIVENT MÊME QUAND ELLES SONT FAUSSES

Un voisin dit : « J’ai vu un chat noir passer, et juste après mon pneu a crevé. »

Conclusion immédiate : le chat noir porte malheur.

Ce qui est drôle ? Le clou planté dans son pneu n’avait rien à voir avec le pauvre matou. Mais la croyance est née… et elle va durer.

Pourquoi ? Parce que notre cerveau adore les raccourcis.

Il est programmé pour relier deux événements qui se suivent, même sans lien logique. On appelle ça la pensée magique.

Les psychologues parlent de biais de confirmation. En clair tu vois uniquement ce qui confirme ta croyance et tu ignores le reste.

Si tu crois que ton oncle est sorcier, chaque malheur qui arrive dans la famille devient “une preuve”.

Si tu crois que “les riches sont tous des voleurs”, chaque scandale financier devient une justification.

Le cerveau filtre, sélectionne, et garde uniquement ce qui alimente son scénario préféré.

Pendant des siècles, on a cru que la Terre était au centre de l’univers. Quand Galilée a prouvé le contraire, l’Église l’a condamné. Pourquoi ? Parce que la croyance était plus confortable que la vérité.

Et en Afrique, combien d’innocents ont été accusés de “manger les âmes” simplement parce que quelqu’un est mort après les avoir croisés ?

Il y a aussi le poids de la tradition. Dans nos villages, celui qui ose dire : « Ce n’est pas vrai » devient suspect. Alors tout le monde se tait.

Une croyance fausse, répétée en groupe, devient plus forte qu’un fait prouvé seul.

Et puis, il y a l’effet placebo.

Si tu crois qu’un gri-gri te protège, ton corps et ton esprit vont réellement réagir comme si tu étais protégé. Résultat : tu te sens mieux, tu dors mieux, et tu dis : « Tu vois, ça marche ! » Même si l’objet n’a scientifiquement aucun pouvoir, ton cerveau, lui, y croit… et ça suffit.

Une croyance, même fausse, survit parce qu’elle rassure. Mais attention, ce n’est pas parce qu’un mensonge te fait dormir tranquille qu’il arrête d’être un mensonge.

POURQUOI ON PRÉFÈRE DÉPENSER POUR LES FUNÉRAILLES QUE POUR SAUVER LES VIVANTS ?

Un ami malade demande 50.000 FCFA pour ses soins. Réponse générale : « Eh, les temps sont durs… que Dieu t’aide. »

Le même ami meurt.

Subitement, on trouve 3 millions pour acheter cercueil, bière et pagnes à l’effigie du défunt.

C’est ça l’ironie de la vie, nous sommes plus généreux avec les morts qu’avec les vivants.

C’est comme si on attendait la mort pour prouver qu’on “tenait à lui”.

La sociologie explique ce paradoxe. Dans beaucoup de cultures africaines, la dépense funéraire est une preuve sociale. Si tu n’enterres pas ton proche avec faste, les voisins diront que tu es ingrat.

Alors on s’endette, on brade des terrains, on claque des millions… pas pour le mort, mais pour l’opinion publique.

Au Ghana, certains funérailles sont plus chères qu’un mariage royal.

Au Cameroun, on vend parfois la maison familiale pour “enterrer dignement”.

Pendant ce temps, des malades meurent faute de 20.000 FCFA pour acheter un traitement.

Psychologiquement, ça s’appelle la pression sociale et symbolique. On préfère souffrir en silence de notre pauvreté plutôt que d’entendre : « Ils ont enterré leur père comme un chien. »

Et pourtant, le mort ne voit rien. Le défunt ne compare pas la taille de son cercueil à celui du voisin.

Mais soyons honnêtes, ce n’est pas seulement une question culturelle. C’est aussi une question d’ego.

La fête, les uniformes, la bière, les tentes… ce n’est pas pour le mort. C’est pour que nous, les vivants, soyons applaudis.

La vérité ? On aurait pu sauver des milliers de vies si on investissait ne serait-ce que 10 % de nos budgets funéraires dans la prévention et les soins médicaux.

Mais non, on préfère faire du mort un roi, et laisser le vivant mendier comme un chien.

Enterrer quelqu’un dignement, c’est bien. Mais sauver sa vie quand il est encore là, c’est mieux. Parce que la plus belle preuve d’amour n’est pas un cercueil doré… c’est une main tendue avant la tombe.