LE PROBLÈME DU MAL : SI DIEU EST BON, POURQUOI AUTANT DE SOUFFRANCE ?

Il existe une question devant laquelle toutes les religions sont devenues muettes, ou presque.
Une question si puissante qu’elle a fait vaciller des prophètes, des philosophes, des saints, des rois, des athées, des prêtres.
Elle tient en une seule phrase : Si Dieu est bon et tout-puissant, pourquoi le monde souffre-t-il autant ?

Pourquoi les enfants meurent de faim ?
Pourquoi les tremblements de terre détruisent des villages innocents ?
Pourquoi les maladies ravagent des familles entières ?
Pourquoi les dictateurs vivent vieux et riches, pendant que des innocents sont torturés ?
Pourquoi le cancer, la guerre, la cruauté gratuite, les injustices qui déchirent des vies ?

S’il existe un Dieu aimant… où est-il pendant tout ça ? Ce problème a un nom : la théodicée.
Et c’est le débat le plus ancien, le plus profond et le plus irrésolu de toute l’histoire religieuse.

EPICURE AVAIT DÉJÀ POSÉ LE PIÈGE LOGIQUE

Il y a 2 300 ans, un philosophe grec, Épicure, a formulé un raisonnement qui a brisé la théologie comme du verre.
On peut le résumer ainsi :

1. Si Dieu veut empêcher le mal mais ne peut pas → il n’est pas tout-puissant.
2. Si Dieu peut empêcher le mal mais ne veut pas → il n’est pas bon.
3. S’il ne veut pas et ne peut pas → alors pourquoi l’appeler Dieu ?
4. S’il veut et peut → alors pourquoi y a-t-il autant de mal ?

Tu remarques la beauté du raisonnement ?
Simple.
Net.
Imparable.

Aucun débat n’a vraiment réussi à le contourner.

LES TENTATIVES DE RÉPONSE DES RELIGIONS… ET POURQUOI ELLES S’ÉCROULENT

Face à cette question, les religions ont inventé plusieurs explications, souvent répétées dans les sermons, les prières, les livres.
On va les analyser froidement.

1. “Dieu nous teste.”

Alors les enfants qui meurent sont un test ?
Les bébés malades, les tsunamis, les génocides… un QCM céleste ?

Un Dieu qui teste en détruisant ses créatures serait plus proche d’un tyran que d’un être aimant.

Même Kant disait :
“Aucun Dieu juste n’utiliserait la souffrance innocente comme examen.”

2. “Dieu sait pourquoi. Nous, non.”

Traduction : on ne sait pas répondre.
C’est une manière élégante de dire : “On ne veut pas voir le problème.”

3. “Le mal vient du péché originel.”

Ah oui, donc un fruit croqué par des ancêtres imaginaires expliquerait les leucémies infantiles ?
Absence totale de sens scientifique et moral.

4. “Le mal existe parce que Dieu nous donne le libre arbitre.”

Cette réponse fonctionne seulement pour les crimes humains…
Mais pas pour les volcans, les virus, les tremblements de terre, les handicaps, les cancers.

Et même pour les crimes humains, on peut demander :
pourquoi donner la liberté… sans supprimer les conséquences catastrophiques ?

Tu donnes la liberté à un enfant de 3 ans… mais tu retires quand même les armes de la maison.
C’est ça, la responsabilité.

LE MAL NATUREL DÉTRUIT TOUT LE DISCOURS RELIGIEUX

La majorité des souffrances ne viennent pas d’humains, mais de la nature :
tsunamis, sécheresses, parasites, malformations congénitales, maladies génétiques.

Si Dieu a créé la nature, alors il a créé :
– le cancer du pancréas,
– la peste bubonique,
– les vers parasites qui aveuglent des enfants,
– les tremblements de terre et les famines.

Richard Dawkins dit :
“La nature n’est ni bienveillante ni malveillante. Elle est indifférente.”

La science montre que la souffrance existe parce que la nature est un système brutal, chaotique, régi par la sélection naturelle, pas par une volonté morale.

Mais les religions ne peuvent pas accepter que la nature soit amoralement cruelle.
Elles doivent donc inventer une intention divine.

SPINOZA POSE LE COUP DE GRÂCE : “DIEU NE VEUT RIEN. IL N’A PAS D’INTENTION.”

Spinoza a dit quelque chose de révolutionnaire :
Dieu n’est pas un être qui pense et qui veut. Dieu est la Nature.

La foudre ne tombe pas parce que Dieu est fâché.
La maladie n’arrive pas parce que tu as péché.
Le malheur n’est pas une punition, et le bonheur n’est pas une récompense.

La nature n’a ni morale, ni intention, ni plan.
Elle est.
Elle agit.
Elle évolue.
Point.

La souffrance n’est pas voulue par un être supérieur.
Elle est une conséquence du fonctionnement aveugle du monde.

LE DILEMME QUI RESTE (ET IL FAIT MAL)

Tu remarques quelque chose de frappant ?
Plus les explications religieuses s’effondrent, plus une vérité brutale se dessine :

L’univers ne semble pas avoir une volonté morale derrière lui.

Et si c’est le cas, la souffrance n’est pas un mystère spirituel à résoudre, mais un problème humain à combattre.
Pas un plan divin, mais un défi réel.
Pas un test, mais une condition à améliorer.

CAMUS : “LE PROBLÈME DU MAL, CE N’EST PAS DIEU. C’EST L’HOMME.”

Albert Camus, dans L’Homme révolté, dit quelque chose de fondamental :

Le rôle de l’homme n’est pas de justifier le mal ou de lui trouver un sens, mais de s’y opposer.

S’il n’y a pas de Dieu qui viendra réparer le monde… alors notre devoir, c’est de le réparer nous-mêmes.

La souffrance n’est pas un mystère sacré.
C’est une injustice naturelle.
Et c’est à nous de la réduire.

AU FINAL, LE PROBLÈME DU MAL DÉTRUIT L’IDÉE D’UN DIEU À LA FOIS BON ET TOUT-PUISSANT

Tu ne peux pas avoir les deux.
Ou Dieu est bon mais impuissant.
Ou il est puissant mais pas bon.
Ou il n’existe pas tel qu’on l’imagine.
Ou il existe mais pas comme un être personnel.

Spinoza, Russell, Épicure, Camus, Nietzsche…
tous arrivent à la même conclusion :

Le monde ne ressemble pas à l’œuvre d’un Dieu moral.
Il ressemble à l’œuvre de l’évolution, du hasard, de la nature.

Et la morale, elle, vient de nous.
Elle vient de notre lucidité, de notre empathie, de notre intelligence.
Elle ne tombe pas du ciel.
Elle se construit.
Elle évolue.
Elle se transmet.

LA LIBÉRATION : LA SOUFFRANCE N’EST PAS UNE PUNITION, NI UN TEST.

C’EST UN APPEL À GRANDIR.

Quand tu comprends que la souffrance n’a pas été « envoyée », tu arrêtes de la subir comme un destin sacré.
Tu commences à la combattre comme un problème humain.

Tu deviens acteur.
Tu deviens lucide.
Tu deviens libre.

La vraie sagesse ne consiste pas à justifier le mal, mais à le réduire.
Et c’est peut-être ça, le secret que la théologie n’a jamais voulu dire :
ce n’est pas Dieu qui porte le monde.
C’est l’homme.