Depuis des siècles, en Afrique comme dans les Caraïbes, on parle des esprits des eaux. Ils portent souvent un nom : Mami Wata, déesse mi-femme mi-poisson, belle, séductrice, riche, mais dangereuse.

On raconte qu’elle choisit ses “adeptes” . Elle apparaît dans les rêves, séduit par des cadeaux (beauté, argent, pouvoir), mais elle exige fidélité : refuser, c’est risquer la folie ou la mort.

Dans les cultes vodoun, dans certaines églises africaines ou caribéennes, on voit des scènes impressionnantes. Des corps convulsent, des yeux se révulsent, des voix changent.

Les croyants y voient l’action directe d’un esprit.

Mais la psychologie a une autre lecture. La transe : état modifié de conscience, souvent induit par la musique, les chants répétitifs et la danse. Le cerveau bascule dans un mode de déconnexion.

Certaines personnes, sous émotion intense, se dédoublent mentalement (elles ont l’impression qu’une autre “personne” parle à travers elles).

La suggestion collective : dans un groupe où tout le monde croit au même esprit, le corps et l’esprit d’un individu réagissent sous la pression sociale et culturelle.

Ce n’est pas un démon qui entre, mais un mélange de croyance + inconscient + contexte social.

Beaucoup de récits disent :

“Untel a fait un pacte avec l’esprit des eaux, il est devenu riche.”

“Une femme a reçu beauté et chance grâce à Mami Wata.”

En réalité, ce sont des récits symboliques pour expliquer des réussites mystérieuses ou soudaines.

Quand une personne sort du lot, on préfère dire : “C’est l’esprit qui l’a choisie”, plutôt que d’admettre ses efforts, ses talents, ou un simple hasard.

Le problème n’est pas seulement culturel, il peut devenir psychologique. Des personnes en crise d’épilepsie ou de santé mentale sont interprétées comme “possédées”, et privées de soins médicaux.

Des femmes sont rejetées par leur famille parce qu’on les accuse d’être “femmes de Mami Wata”.

Des enfants traumatisés vivent dans la peur permanente d’être “emportés” par un esprit.

La croyance à la possession peut tuer plus de vies par la peur et le rejet que l’esprit qu’elle prétend combattre.

Si Mami Wata rendait vraiment riches ses adeptes… Pourquoi les villages construits à côté des fleuves restent-ils pauvres ?

Pourquoi les prêtres et prêtresses d’eau eux-mêmes demandent-ils toujours des dons en argent ?

La logique est claire, si l’esprit donnait des milliards, les temples des eaux ressembleraient déjà à Wall Street.

Les “esprits des eaux” sont des créations culturelles puissantes, des symboles de beauté, de séduction, de mystère. Mais les possessions qui les accompagnent relèvent plus de la psychologie humaine et du poids des croyances collectives que d’une force surnaturelle.

La vraie libération ne vient pas d’un esprit qui entre ou sort de ton corps, mais de la connaissance : comprendre comment ton cerveau, ton inconscient et ta culture influencent tes réactions.

En clair, la rivière n’a pas de mari, pas de femme, pas de pacte. Elle n’a que de l’eau. Le reste, c’est dans la tête des hommes.

LES MEILLEURS RITUELS SE FONT AU CARREFOUR ?

On m’a demandé : “Mais pourquoi les sacrifices et bains spirituels doivent toujours se faire sur un carrefour ? Quelle force mystérieuse s’y cache ?”

Réponse courte : aucune. Zéro. Nada.

Le carrefour, c’est juste… un carrefour.

Un carrefour n’est pas un portail intergalactique, ni une antenne spirituelle. C’est juste un endroit où les routes se croisent.

Si c’était un lieu mystique, alors Times Square à New York devrait être le siège des dieux. Or, la seule magie là-bas, c’est de réussir à traverser sans se faire klaxonner.

Les anciens ont choisi le carrefour parce qu’il représente les chemins de la vie, les “destins qui se croisent”. Ça fait joli dans les histoires, mais dans la vraie vie… ce n’est qu’une métaphore.

La preuve ? On pourrait faire le même rituel sur un trottoir, dans une von, ou même devant un kiosque MTN. Le résultat serait le même : rien.

L’anthropologie explique ça très bien : on choisit un carrefour parce que c’est public. Tout le monde voit ton sacrifice, donc ça impressionne, ça renforce la croyance collective.

C’est comme poster une photo sur Facebook : ce n’est pas parce que la photo est mystique, c’est parce que tout le monde la voit et commente.

Les seules “forces” qu’on retrouve sur un carrefour sont : Le CO₂ des voitures. Le bruit des klaxons.

La poussière qui t’étouffe.

Pas d’énergie spirituelle, juste de la pollution.

Pourquoi on entretient ce mensonge ?

Simple :

Pouvoir religieux → ça donne de l’importance aux prêtres et entrepreneurs religieux.

Pouvoir économique → ça permet de vendre des rituels bidon.

Et enfin de compte, des gens vident leur poche sur un goudron poussiéreux en pensant acheter la protection des dieux, pendant que les vrais problèmes (maladies, pauvreté, manque d’éducation) restent sans solution.

Le carrefour n’est pas mystique. Il n’est pas sacré. Il n’est pas plus puissant qu’un trottoir.

La seule force du carrefour, c’est celle qu’on invente dans nos têtes.

Prenez un instant et voyez cet échange avec moi :

Elle : Quelles solutions avez-vous en tant que candidat pour le peuple béninois afin de limiter les accidents de circulation dans notre pays ?

Lui : Nous allons prier. Avec les prières, les accidents vont se réduire considérablement au Bénin.

Je vous laisse réfléchir.

Paix sur vous.

L’ILLUSION DES DIVINITÉS DÉVOILÉE

Depuis que l’homme a peur de l’orage, il invente des histoires pour se rassurer.

Les Égyptiens ont fabriqué Râ, le soleil, parce qu’ils dépendaient de la lumière.

Les Grecs ont créé Zeus, un patriarche colérique, exactement comme leurs rois.

Les Vikings ont sculpté Thor, un guerrier violent, miroir de leur société guerrière.

En Afrique, chaque peuple a eu ses esprits, ses génies, ses divinités protectrices.

On retient que c’est plutôt l’homme qui a modelé la conception du créateur selon ses propres défauts et ses propres besoins. Des dieux jaloux, colériques, violents, punisseurs… bref, des chefs de clan version XXL.

À quoi servaient les divinités ?

Les dieux ne sont pas tombés du ciel, ils ont été forgés pour trois raisons principales. Expliquer l’inexplicable : “Si la pluie ne tombe pas, c’est parce que le dieu est fâché.”

Imposer l’ordre : “Dieu a dit que tu dois obéir au roi, sinon enfer éternel.”

Apaiser la peur : “Si tu souffres, c’est la volonté divine, ne cherche pas plus loin.”

En fin de compte, plus un peuple tremble, plus sa divinité prend de la puissance. Les dieux sont des amplificateurs de peur.

Mais remarquons que les dieux meurent… les illusions restent. Zeus, Jupiter, Râ, Mawu, Shango… ils ont tous eu leurs temples, leurs prêtres, leurs sacrifices. Aujourd’hui, il ne reste que des ruines, des mythes et des légendes.

Et pourtant, chaque génération est persuadée que son dieu est le seul vrai. Jusqu’au jour où un autre arrive et prend la place.

Le cerveau déteste le vide. Face à une question sans réponse, il invente un récit. Avant la science, on croyait que la Terre reposait sur un éléphant.

Avant la médecine, on croyait que les maladies venaient des dieux fâchés.

Aujourd’hui encore, beaucoup expliquent leurs échecs par “le diable” et leurs succès par “Dieu m’a béni”. Mais jamais par leurs propres choix, leurs efforts ou leur ignorance.

Regarde bien, chaque dieu a les pires travers humains. Colère. Jalousie. Vengeance. Favoritisme.

Pour des “êtres parfaits”, c’est un CV bien médiocre. On dirait plus des hommes grossis au miroir que des créateurs de l’univers.

L’illusion des divinités révèle une vérité brutale : l’homme a besoin de croire. Pas forcément en un “dieu barbu qui compte les fautes”, mais en quelque chose qui le dépasse. Et ce besoin, les puissants l’ont toujours exploité.

Celui qui contrôle les dieux… contrôle les hommes. C’est pour ça que prêtres, prophètes, rois et marabouts ont toujours marché main dans la main.

Les divinités naissent et meurent avec les civilisations. La seule constante, c’est l’homme qui les invente. Et les preuves sont là. C’est toujours l’homme qui crée, apporte de solutions aux problèmes de l’humanité.

Alors au lieu de se battre pour savoir quel dieu est “le vrai”, il est temps de voir clair : le vrai pouvoir est dans la connaissance, la raison, et la liberté de penser.

Je vous laisse réfléchir.