Un enfant croit au Père Noël sans poser de questions. Il ne doute pas, il ne vérifie pas, il accepte ce qu’on lui dit. Ce n’est ni de la naïveté ni un défaut d’intelligence. C’est simplement le fonctionnement normal du cerveau humain au début de la vie. L’enfant est programmé pour faire confiance, parce que sa survie dépend de l’autorité des adultes. Il écoute, il imite, il intègre.
Puis, partout dans le monde, sans exception culturelle, une phase apparaît à l’adolescence.
Les jeunes commencent à contester, à remettre en question, à douter de ce qu’on leur a enseigné. Cette rébellion n’est pas un caprice. Elle correspond à une transformation biologique et cognitive précise. Le cerveau développe progressivement la capacité de raisonnement abstrait, de comparaison, d’analyse et de contradiction. Autrement dit, la pensée critique commence à émerger.
Ce phénomène a été observé et documenté depuis longtemps. Dès le milieu du XXᵉ siècle, des chercheurs en psychologie du développement ont montré que la croyance religieuse tend à diminuer à mesure que les capacités de raisonnement autonome augmentent chez les adolescents. Non pas parce qu’on leur enlève la foi, mais parce que le cerveau commence à traiter les idées autrement. Il ne se contente plus d’accepter, il examine.
Pourquoi cela se produit-il si souvent ? Parce que croire demande moins d’effort que comprendre.
Croire offre une réponse immédiate, rassurante et stable.
Comprendre exige du temps, de l’incertitude, parfois de la solitude intellectuelle.
Le cerveau humain, par nature, préfère la certitude au doute, même lorsque cette certitude repose sur des bases fragiles.
Les sciences cognitives modernes ont confirmé ce mécanisme. Plusieurs expériences ont montré que lorsque l’on active fortement la pensée analytique chez des adultes, par le raisonnement logique ou mathématique, l’adhésion aux croyances non démontrables diminue temporairement.
Ce n’est pas une attaque contre la foi, ni une insulte envers les croyants. C’est simplement un changement de mode cognitif : le cerveau passe du mode acceptation au mode analyse.
L’intelligence ne se réduit pas à ce que l’on croit ou non. Ce que ces recherches montrent, c’est que le cerveau humain n’aime pas naturellement penser en profondeur. Il aime les réponses simples, les récits cohérents, les autorités rassurantes. Les systèmes de croyance, religieux comme idéologiques, s’appuient sur ce fonctionnement universel.
La majorité des êtres humains ne choisissent pas réellement leurs croyances. Ils les héritent. Elles sont transmises dès l’enfance, bien avant que le cerveau ne soit capable de les évaluer rationnellement. Comme une langue maternelle, elles s’installent avant même qu’on puisse les questionner. Plus tard, beaucoup confondent ce qu’ils ont appris avec ce qu’ils ont réellement compris.
La vraie question n’est donc pas de savoir si Dieu existe ou non. Cette question divise inutilement et bloque la réflexion, pourtant la réponse est claire. Papa Noël n’existe pas, c’est une invention humaine.
La vraie question est beaucoup plus dérangeante : à quel moment ai-je réellement réfléchi par moi-même à ce que je crois ? À quel moment ai-je osé examiner mes certitudes sans chercher à les défendre ?
L’intelligence ne se mesure pas à la force de nos convictions, mais à notre capacité à les examiner honnêtement, y compris celles qui nous semblent intouchables. Peu de gens osent faire ce travail jusqu’au bout, non pas par manque de capacités, mais parce que cela demande du courage intellectuel.
Bonjour chez vous.